
N° 9 - 2003
LES CANAUX DE LA REGION DE BRIARE
Première partie Historique et fonctionnement
Exposé de M. BOULIN, ingénieur du canal de BRIARE (communiqué par Jean CHOISEAU de l'association "Les Amis de
Beaulieu")
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De tous temps et bien avant la création des canaux que nous connaissons, BRIARE
semble avoir eu une vocation batelière, servie en cela par le grand fleuve qu'est la Loire. La Loire connut en effet
une activité batelière importante et, jusque vers 1850, elle fut sillonnée par des bateaux àfond plat jaugeant dans
notre région jusqu'à 70 tonnes. Entre 1815 et 1820, on a pu compter une moyenne annuelle de 2.076 bateaux entre BRIARE
et ORLÉANS. Mais ce cours d'eau naturel était difficilement praticable à cause des variations de niveau. Par
ailleurs, le trafic était forcément limité à la vallée même du fleuve, avec impossibilité de passer sur d'autres
fleuves également navigués, telle par exemple la Seine. D'où l'idée de creuser des canaux artificiels capables de
faire communiquer entre eux ces cours d'eau naturels. |
Trois époques sont à distinguer dans la création des canaux de
notre région : 1°) Au 17ème siècle, construction du Canal de Briare, reliant avec son prolongement le Canal du
Loing, la Loire à la Seine 2°) Dans la première moitié du 19ème siècle, construction du Canal Latéral à la Loire,
affranchissant la navigation des aléas de la Loire entre ROANNE et BRIARE et assurant la liaison entre la Saône et le
Canal de Briare par l'intermédiaire du Canal du Centre 3°) A la fin du 19ème siècle, création de la nouvelle branche
du pont-canal de BRIARE, supprimant le passage direct en Loire à CHATILLON.
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CANAL DE BRIARE
Historique Le
Canal de Briare fut le premier canal à point de partage construit en Europe. Par lettres patentes du 11 mars 1604,
Hugues Cosnier fut déclaré adjudicataire des travaux du Canal de Loire en Seine. A la mort d'Henri IV, les travaux
étaient presque achevés depuis la Loire jusqu'à MONTARGIS mais, après la disgrâce de Sully, ils furent interrompus en
1611 et entièrement délaissés et abandonnés jusqu'en 1638. A cette époque, Guillaume Boutheroue et Jacques Guyon,
receveurs des rentes à MONTARGIS et BEAUGENCY, proposèrent de terminer le canal, de BRIARE à MONTARGIS, à leurs frais
et dépens et de canaliser la rivière du Loing depuis MONTARGIS jusqu'à la Seine. Par lettres patentes de septembre
1638, les offres de Boutheroue et Guyon furent agréées. I1 leur était fait don à perpétuité du fond du canal et des
dépendances, avec le privilège exclusif de faire naviguer des bateaux leur appartenant. Cependant ce privilège
était sans doute par trop exclusif pour être rentable. Il fut remplacé à la demande des concessionnaires, suivant
lettres patentes de décembre 1642, par le droit de percevoir un péage sur les marchandises que tous les particuliers
étaient admis désormais à transporter par eux-mêmes sur le canal. Ainsi a été fondée la Compagnie des Seigneurs du
Canal de Loyre en Seine qui deviendra plus tard Compagnie du Canal de Briare, laquelle établira son siège social dans
le Château de la Ville, actuel Hôtel de Ville de BRIARE. Cette concession durera jusqu'en 1860, époque où le canal
fut racheté par l'Etat. La loi du 20 mai 1863, rendue en exécution de la loi de rachat du ler août 1860, a fixé le
montant de l'indemnité de rachat à la somme de 5.264.839 francs. Description technique et fonctionnement Le
Canal de Briare a son origine sur la Loire à BRIARE et se termine à 4 kilomètres en aval de MONTARGIS, à la jonction
avec l'ancien Canal d'Orléans. Le canal part de la Loire à l'écluse du BARABAN. Il existait autrefois deux autres
communications avec le fleuve : l'une par la branche dite du Martinet, débouchant en Loire à environ un kilomètre en
aval du BARABAN, et l'autre dite de Rivotte (aujourd'hui asséchée et vendue) débouchant également à un kilomètre en
aval de celle du Martinet. A partir de BRIARE, le canal remonte la vallée de la petite rivière de Trézée dont les
eaux coulent tantôt dans le lit même du canal tantôt en dehors. Il quitte la vallée de la Trézée vers le kilomètre 11
et franchit le fait séparatif des bassins de la Loire et de la Seine par un bief de partage de 4.595 mètres de
longueur entre les écluses de LA GAZONNE (versant Loire) et LA JAVACIÉRE (versant Seine). La descente sur le versant
de la Seine commence rapidement vers ROGNY par une suite de 6 écluses de plus de 4 mètres de chute, séparées par des
biefs de 300 mètres seulement. Ces écluses ont remplacé en 1882 l'échelle des 7 écluses de ROGNY - aujourd'hui
désaffectées et curiosité de la région - remontant à la première construction du Canal de Briare et constituant un
ouvrage d'art remarquable, eu égard surtout à l'époque de sa construction. Ces écluses bout à bout présentaient
l'inconvénient d'interdire tout croisement des bateaux sur leur longueur, ce qui représentait un bouchon pour la
navigation. Les 6 écluses nouvelles permettent le croisement dans chacun des petits biefs les séparant. Sur
le versant Loire, 12 écluses permettent de rattraper une différence de niveau de plus de 40 mètres entre le bief de
partage et la Loire. Sur le versant Seine, 44 écluses permettent de rattraper une différence de niveau de 121m57
entre le bief de partage et la Seine dont 24 pour le canal de Briare, représentant une différence de niveau de plus
de 84 mètres. Ces écluses, sauf celles de l'ancienne branche de Briare qui ne fonctionnent d'ailleurs plus,
permettent le passage des bateaux de 38m50 de longueur, 5 mètres de largeur et portant 250 tonnes de marchandises à
l'enfoncement de lm80. Pour cet enfoncement des bateaux de 1m80, la profondeur du canal est de 2m20 . Le passage
d'un bateau d'un versant à l'autre nécessite le prélèvement sur le bief de partage d'un cube d'eau égal
à une éclusée
par versant soit au total environ 2.000 m3 par bateau. Si nous y ajoutons les pertes diverses - un canal n'est jamais
absolument étanche - c'est une alimentation d'environ 400 litres/seconde qui est nécessaire au bief de partage.

Les étangs Pour ce faire, toute une série d'étangs-réservoirs ont été créés, les uns sur la partie haute de la
vallée de la Trézée, les autres sur la vallée du Loing et de son affluent le Bourdon. Nous citerons, par ordre
d'importance : - Réservoir du Bourdon à SAINT FARGEAU 9 000 000 m3 - Grand'Rue à OUZOUER SUR TRÉZÉE 4 500 000 m3
- La Tuilerie à CHAMPOULET : 2 700 000 m3 - MOUTIERS, sur le Loing : 800 000 m3 - LES BEAUROIS : 500 000 m3
- Divers autres : PETIT et GRAND BOUZA, BOUSSICAUDERIE, LELU, CAHAUDERIE, CHÂTEAU, GAZONNE, CHESNOY, etc.: 500 000
m3 environ soit un cube total de : 18 000 000 m3 Ces étangs sont soit situés sur la vallée même de la rivière
soit alimentés par des rigoles en terre qui collectent les eaux de ruissellement en période pluvieuse. L'eau en
provenance des étangs est acheminée jusqu'au bief de partage du canal par des rigoles généralement bétonnées, telles
que la rigole de SAINT PRIVÉ pour les eaux du Bourdon et de MOUTIERS et la rigole de BRETEAU pour les étangs du bassin
de la Trézée. Au total, il y a environ 55 kilomètres de rigoles dont plus de 25 kilomètres bétonnés. Usine
élévatoire de BRIARE Dans le cas où les étangs ne peuvent plus assurer l'alimentation, généralement à la fin d'un
été sec faisant suite à un hiver et un printemps peu pluvieux n'ayant pas assuré le remplissage complet, cette
alimentation est assurée par puisage d'eau en Loire et remontée de cette eau jusqu'au bief de partage grâce à l'usine
élévatoire de BRIARE. Cette usine, située à BRIARE même à quelques centaines de mètres du pont-canal, fut construite
en 1894-1895. A l'origine, elle fonctionnait à la vapeur. Elle est maintenant équipée de quatre groupes électro-pompes
de 400 chevaux-vapeur chacun. L'eau arrive depuis la Loire jusqu'aux puisards des crépines par une galerie
souterraine en maçonnerie de 2m30 de diamètre intérieur et 347 mètres de longueur. Le départ de cette galerie est
visible en Loire à une centaine de mètres en amont du pont-canal. Les pompes refoulent dans deux conduites en fonte
de Om90 de diamètre intérieur et 2.765 mètres de longueur débouchant dans une rigole à ciel ouvert sur le sommet du
plateau proche de BRIARE, vers la route de DAMMARIE EN PUISAYE. La hauteur totale de refoulement, du niveau de la Loire
en étiage jusqu'au niveau du radier de la rigole à ciel ouvert, est de 43 mètres. Les pompes ont chacune un débit
variant de 300 à 400 litres/seconde suivant le niveau des puisards et par conséquent de la Loire. Un groupe restant
toujours en réserve, le débit de l'usine est ainsi de 1.000 à 1.200 litres/seconde. La rigole dite de BRIARE
achemine l'eau pompée jusqu'au bief de partage sur une longueur d'environ 12 kilomètres avec la pente très faible de
0m15 par km. Elle franchit la vallée de la Trézée et le canal de Briare par un siphon de 600 mètres de longueur appuyé
sur un pont métallique et constitué, comme la conduite ascensionnelle, de deux conduites en fonte de 0m90 de diamètre
intérieur.
CANAL LATÉRAL A LA LOIRE
Par le Canal de Briare, la liaison était assurée entre la Loire et la
Seine. Plus tard, au début du 19ème siècle fut créé le Canal du Centre reliant la Loire à la Saône entre DIGOIN et
CHÂLON SUR SAÔNE et desservant la région minière de MONTCEAU LES MINES. Restait à créer un canal reliant le Canal
du Centre au Canal de Briare et affranchissant ainsi la batellerie des caprices de la Loire. Ce fut le projet du Canal
Latéral à la Loire, de DIGOIN à BRIARE, prolongé au-delà, de DIGOIN à ROANNE.
Le projet fut approuvé par une loi du
14 août 1822 qui y consacra un emprunt de 22 millions. La mise en service du canal se fit en 1838. Le projet
présentait certaines difficultés, du fait que les villes de NEVERS, LA CHARITÉ et COSNE se situent sur les coteaux de
la rive droite, depuis les bords même du fleuve jusque sur le plateau. Il n'y avait aucune place pour le passage d'un
canal entre ces villes et le fleuve sans amputer gravement les agglomérations.
La rive gauche restait ainsi seule
disponible pour l'implantation du canal. Mais pour relier ce nouveau canal à ceux existants, celui de Briare et celui
du Centre, il fallait franchir deux fois la Loire, vers DIGOIN et vers BRIARE, et une fois l'Allier, à proximité du BEC
D'ALLIER ou du GUÉTIN. À DIGOIN, la solution du passage du fleuve par un pont-canal en maçonnerie d'environ 200
mètres de longueur fut adoptée et réalisée avec succès. Il en fut de même au GUÉTIN où l'Allier fut franchi par un
autre pont-canal en maçonnerie de 343 mètres de longueur. Cette solution ne put être adoptée dans la région de
BRIARE. En effet, en aval de l'embouchure de l'Allier, le débit du fleuve de Loire se trouve plus que doublé par
rapport à celui de la Loire seule ou de l'Allier seul en amont du BEC D'ALLIER.
Une hauteur disponible réduite
au-dessus du fleuve et aussi la non-conception à l'époque d'un ouvrage métallique d'épaisseur plus réduite et de
portée plus grande entre appuis - on ne connaissait alors que les ouvrages en maçonnerie épais et de portées entre
piles réduites (arches d'un maximum de 20 mètres) créant un obstacle important à l'écoulement des grandes crues -
firent repousser toute idée d'un ouvrage franchissant la Loire par dessus. D'où la solution adoptée d'un passage à
niveau du Canal Latéral en Loire à CHÂTILLON SUR LOIRE. C'est ainsi que le Canal Latéral à la Loire, venant de
DIGOIN et de NEVERS, suivait la rive gauche de la Loire jusqu'à l'écluse de CHATILLON-MANTELOT, traversait la Loire
entre cette écluse et l'écluse des COMBLES et suivait la rive droite du fleuve jusqu'au BARABAN où il rejoignait le
Canal de Briare. C'est ce canal que l'on peut voir sous le pont-canal actuel, côté BRIARE.
La traversée de la Loire
se faisait par un chenal de 55 mètres de largeur, situé entre deux digues basses, l'une dite d'OUSSON ayant Om50 de
hauteur au-dessus de l'étiage, l'autre dite de CHÂTILLON ayant lm20 de hauteur au-dessus de l'étiage et servant de
chemin de halage. Le chenal, tracé obliquement par rapport à l'axe du fleuve et actuellement visible en amont du
pont de CHÂTILLON, avait 1.020 mètres de longueur. Son entretien nécessitait de fréquents dragages. Malgré tout, le
mouillage était irrégulier et insuffisant par rapport au mouillage normal du canal qui était alors de 1m60. I1 fallait
souvent délester les bateaux pour le passage en Loire. Enfin, pendant les crues, la passe était impraticable et les
bateaux devaient parfois subir de longues attentes. Quand, vers 1880, il fut question d'augmenter le mouillage du
canal et de modifier les dimensions des écluses afin de permettre le passage des péniches actuelles de 38m50 , il ne
restait d'autre solution que de supprimer le passage en Loire en reprenant, grâce aux techniques nouvelles, l'idée
abandonnée vers 1830 de construction d'un pont-canal au-dessus de la Loire. Pont-Canal de BRIARE et branche
neuve du Canal Latéral à la Loire La traversée de la Loire au moyen d'un pont-canal fut d'abord étudiée à CHÂTILLON
SUR LOIRE, au voisinage immédiat du passage en Loire. Mais, au droit de BRIARE, en bénéficiant de la pente du
fleuve qui est de l'ordre de 0m50 par kilomètre, on avait la possibilité de diminuer le niveau (en valeur absolue) de
l'ouvrage sans engager la cote des plus hautes eaux connues du fleuve. On adopta une cote du plan d'eau dans
l'ouvrage se trouvant correspondre sensiblement aux cotes du bief de l'écluse de L'ETANG sur le Canal Latéral à la
Loire et du bief de LA COGNARDIERE sur le Canal de Briare, de sorte que ces deux biefs purent être reliés à niveau par
une dérivation passant par le pont-canal et sans aucune écluse intermédiaire. Cette dérivation, dite Canal Neuf,
d'une longueur de près de 17 kilomètres, est souvent en remblai et se trouve en général à flanc de coteau sur la rive
gauche de la Loire. Elle a nécessité en divers endroits de grands remblais qui ont posé et posent encore quelques
problèmes d'étanchéité. Les travaux en furent exécutés de 1890 à 1896. Le pont-canal lui-même a exigé cinq campagnes
de travaux de 1890 à 1894 inclusivement.
Caractéristiques du pont-canal - Longueur totale au-dessus de la
Loire : 600 mètres (15 travées de 40 mètres). Une 16ème travée de 8m20 se trouve au-dessus de l'ancien canal Latéral à
la Loire longeant la rive droite du fleuve - Largeur totale de l'ouvrage entre les deux parapets des chemins de
halage : 11m50 - Profondeur moyenne des fondations au-dessous de l'étiage de la Loire : 6m83 - Largeur des piles
- au-dessus du couronnement: 3m00 - à la base du socle : 4m30 Les fondations ont été descendues jusqu'à la
roche par caissons à l'air comprimé. La bâche métallique est constituée latéralement par deux poutres maîtresses
distantes de 7m25 d'axe en axe et au fond par des tôles cintrées reposant sur des pièces de pont. - Mouillage de la
bâche: 2m20 - Hauteur des poutres maîtresses hors cornières : 3m40 - Hauteur des pièces de pont transversales
0m70 - Hauteur au-dessus du pont - au-dessus de l'étiage de la Loire : 8m00
- au-dessus des plus hautes eaux
connues 1m50 - Longueur des piles : 16m73 - Surface de chaque fondation de pile: 114m243 - Poids total de la
partie métallique seule de l'ouvrage : 3.000 tonnes - Poids total en eau du pont : 13.530 tonnes La variation de
longueur totale du pont, pour des écarts de température de -20° à +50° est de l'ordre de 0m45. Ce pont fut
construit par la Société Eiffel pour les maçonneries et par l'Entreprise Daydé et Pillé pour la partie métallique.
- Coût de la structure maçonnée :1563 689 F - Coût de la partie métallique :1243 028 F Total 2 806 717 F
Le prix du m3 de maçonnerie en élévation ressortait à 71 F. L'ensemble des travaux de L'ETANG à LA COGNARDIERE
aura coûté 8.335.187 F. La surface de la partie métallique mise en peinture est de 42.000 m2 et une réfection
nécessite en moyenne plus de 15 tonnes de peinture. Lors de la construction de l'ouvrage, une des nouveautés de
l'époque a été l'éclairage électrique des lampadaires alimentés par une génératrice actionnée par la force motrice
d'une prise d'eau dans le canal lui-même (génératrice encore située dans un bâtiment en contrebas du pont-canal et
encore en état de fonctionnement). Fin de la première partie
La deuxième partie, qui paraîtra dans
le prochain numéro, traitera des eaux souterraines alimentant les étangs du canal. |